Pourquoi apprendre une langue avant trois ans ?

L’apprentissage précoce d’une langue que doit on en penser …?

En tant que directrice pédagogique depuis bientôt 30 ans à l’institut International de Rambouillet, on m’a souvent interrogé sur la question du bilinguisme. Je ne suis pas une théoricienne, juste une observatrice renseignée !

Vous ne serez surement pas surpris si l’on vous dit que l’apprentissage d’une langue étrangère n’est pas si simple pour les adultes. Ceux-ci ont tendance à rencontrer des difficultés à mémoriser les mots, les sons, la structure de la langue étudiée voire à mélanger le tout avec leur langue maternelle ou une autre langue étrangère déjà étudiée.
J’ai pu observer ce phénomène somme toute banal. Cela est d’autant plus évident dans un groupe multi culturel, ou chaque apprenant se bat avec ses propres armes et ses propres difficultés. Et je ne crois pas être particulièrement pessimiste en disant qu’un adulte, même très motivé, n’atteindra jamais ou rarement le niveau d’un natif en terme de fluidité,de vocable et de prononciation.

Pour les enfants en revanche, il en est tout autrement.

Un enfant, si confronté très tôt à une ou plusieurs langues, ne connaîtra pas ces difficultés.
En fait, un enfant exposé depuis sa plus tendre enfance à une autre langue, aura sans difficulté un niveau comparable à celui de sa langue ‘maternelle’. Il passera de l’une à l’autre sans questionnement, avec la même aisance.
Toutes les études linguistiques nous disent qu’un enfant, in vitro, fait déjà la différence entre la langue de sa mère et d’autres langues, d’autres sons finalement. Il fait d’ailleurs la différence entre 800 sons. On sait que chaque langage utilise l’équivalent de 40 phonèmes (sons pour simplifier), qui permettent de différencier une langue d’une autre.
Ce qui signifie, qu’un tout petit bébé possède le don incroyable de pouvoir apprendre n’importe quelle langue, du moment qu’il y est exposé !

Dans un foyer monolingue, il perdra avant ses trois ans cette compétence particulière s’il n’a pas été confronté à d’autres langues. Il acquière donc une panoplie de sons qui constituera sa langue maternelle et qu’il aura définit comme étant le seul outil de communication orale connu.
En revanche dans un foyer bilingue, le jeune enfant sera capable de s’approprier 2 types de sons différents, donc deux langues différentes. Il communiquera indifféremment dans l’une où l’autre selon les sollicitations des parents.

Un bébé « bilingue » parlera -t-il plus tard qu’un autre « monolingue » ?

On nous dit que c’est possible, car au départ il doit se caler non pas sur une série de sons mais deux. Mais au final, il n’y aura aucun retard de langage, tant au niveau de l’expression que de la compréhension orale, bien au contraire.

En France, les parents se ferment souvent à l’apprentissage précoce d’une langue étrangère. Beaucoup de familles craignent que leur petit ne mélange les deux langues, que cela ne perturbe l’apprentissage de la lecture par exemple.
Pourtant, dans le monde entier la norme tend plutôt au bilinguisme au contraire…

Il semblerait qu’un enfant ou un adulte bilingue ait la faculté de passer plus facilement d’une tache à l’autre, ou de résoudre un problème plus rapidement que la moyenne.
On dit qu’un enfant maîtrisant deux langues, en apprendra une troisième plus facilement aussi. Il aura sans doute des capacités accrues dans d’autres domaines comme le chant ou l’apprentissage d’un instrument.

Nous sommes encore à mon sens largement en retard sur d’autres pays. Les choses changent heureusement.
Mais l’arrivée d’Internet, des jeux vidéo et du streaming comme Utube ou Netflix a révolutionné le rapport de nos enfants aux langues.
Il n’y a pas si longtemps encore, on me disait qu’apprendre l’anglais ne servait à rien et qu’il fallait mieux déjà apprendre correctement sa propre langue avant de se tourner vers une autre…

Aujourd’hui, si vous voulez que votre enfant apprenne plus qu’une seule langue, il est préférable de le faire le plus tôt possible. Cela ne sera en aucun cas un handicap pour l’apprentissage d’autres compétences, bien au contraire. Ce sera la clé à toute une gamme de savoir-faire et de savoir-être. Une clé qu’il aura en main toute sa vie.